Niki & Me

Nana Power, Niki de Saint Phalle, 1970

De cette Nana-là, complètement ensorcelé. Tout avait basculé en moi le jour où elle m’avait lancé, à brûle-pourpoint, droit dans les yeux, telle Thémis à Deucalion : « Paul, couvre ta tête, dénoue ta ceinture et jette derrière toi les ombres de tes ténèbres. »

On n’avait pas vingt ans, en bande de copains de fac. Après cette sortie pour le moins sibylline, je suis resté longtemps muet. Bien sûr, même si elle se fondait dans la troupe, elle détonnait clairement… mais pourquoi m’avait-elle dit ça, à moi ? J’étais fasciné… incapable de rien face à cette femme essentielle.

Discret, le fil de fer de service, conforme, gamme de gris, bon camarade, mais je n’avais pas peur d’offenser mes ombres !

En grand secret admiratif de son corps rebondi, de ses nippes bariolées (tellement décalé en fac de droit), je me retrouvais happé, chaque fois par son regard si intense, on aurait cru qu’elle avait des yeux rieurs en multitude.

D’une telle douceur qui n’était jamais auparavant parvenue jusqu’à moi.

Chaque nuit, mes songes me lovaient dans ses bras. Je perdais pied bercé par les herbes de son rire, enveloppé dans ses foulards hippie, ses larges robes multicolores.

Son regard gonflait mes rêves. Soleil, être de désir, prenaient forme de statues tutélaires.

La nuit de ce jour-là, je m’étais promis d’offrir à ses dangers un abri suffisant.

Mes épaules pour accueillir son essence. La paresse et la fatigue s’écoulant alors en ruisseaux fragiles dans la paix d’une nuit.

Je m’étais promis de lui dire que j’étais prêt. Mettre mon envahissant désir de côté pour lui parler, simplement.

Accueillir ses failles, imperceptibles, noyées dans son éclatante volubilité.

J’étais prêt. Refuge proposé pour les inquiétantes incertitudes.

L’espoir de dévoiler enfin nos gouffres, sereinement.

(et laisser aux autres le soin d’éteindre)

Je planterai mes yeux gris dans les siens et murmurerai : « Les ombres que tu crées n’ont pas droit à la nuit »

Viens…

Les citations sont extraites des Métamorphoses d’Ovide et de L’amour la poésie de Paul Éluard.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s