Comme un brouillard opaque

Ici, là-bas, ailleurs, assise sur le divan, la femme au pantalon à fleurs écrit.

Rayon de soleil.

Sa main court, saute, gambade, de-ci de-là, sur le papier.

Qu’écrit-elle ? Une lettre peut-être ?

Oui, une lettre. À son amoureux parti faire la guerre au Vietnam.

Comme à chaque fois, elle ne sait pas si cette lettre lui parviendra mais elle lui écrit ainsi sans relâche chaque semaine.

Garder le lien.

Ne pas le perdre.

Un an déjà qu’il est là-bas. Un an d’attente, de peur, de doutes.

À chaque nouvelle information diffusée à la radio, à chaque nouvelle annonce de morts, l’angoisse la saisit. Un profond désespoir s’empare d’elle comme un brouillard opaque.

Tout à l’heure, elle enfilera son manteau et ses gants et descendra les 5 étages pour se rendre à la poste.

Dans la rue, les décorations de Noël sont en place et scintillent. Les magasins sont ouverts. Les gens se pressent devant les vitrines. Des hauts parleurs diffusent de la musique.

Un homme en habit rouge et barbe blanche, une cloche à la main, attire les badauds pour vendre ses marrons chauds.

-Oh ! Oh ! Oh ! Fait-il !

Elle se sent seule et perdue au milieu de toute cette gaîté et accélère le pas. Elle n’a qu’un but, qu’une pensée, loin d’ici, de ce quartier, près de son homme.

Cette année encore elle ne fêtera pas Noël.

Photo: Brouillard dans le Gard, octobre 2019, Guillaume Leguen

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